Entreprise : nom féminin !

L’inégalité salariale, la discrimination à l’emploi… A l’aube d’une nouvelle journée internationale pour ses droits, les femmes calédoniennes n’ont pas encore gagné la bataille. Et si, pour contrer ces différences, on devenait cheffe ? Cheffe de soi ou d’une grande entreprise, les femmes prennent le pouvoir dans le monde du travail. On vous le prouve en trois portraits inspirants.

« Nous voulons encourager les jeunes femmes à se tourner vers l’entreprise. Il faut sortir des clichés. On n’est pas obligé d’être un homme avec des sous plein les poches pour créer sa société. Personnellement, j’ai monté ma société avec de petits moyens. Je me suis jetée à l’eau et il a bien fallu que j’apprenne à nager » expliquait récemment Valérie Zaoui, co-président du MEDEF NC et présidente de l’association Femme Chef d’Entreprises.

Au regard des chiffres, il semble désormais primordial d’inciter les jeunes femmes à se jeter dans le bain de l’entreprenariat. Selon l’ISEE (et le dernier recensement de 2014), 45 % des actifs occupés sont des femmes. 2 % de plus qu’en 2019. Une petite augmentation certes, mais l’égalité n’est pas loin. Par contre côté cadres, les femmes stagnent : 40 % en 2009 et 2014. Côté salaire, toujours le même combat : elles gagnent 15 % de moins que les hommes.

Pourquoi alors ne pas monter sa société ? De l’auto-entrepreneuse à la gérante d’une grande société, Belle est partie à la rencontre de trois femmes extraordinaires qui n’ont qu’un seul leitmotiv : la passion qui les anime pour leur métier.

 

45 % des actifs occupés sont des femmes.

 

Betty Levanqué, Boop’s café et le Café immobilier

La force et le sourire aux services des autres

Le sourire jusqu’aux oreilles, le contact facile, Betty Levanqué fait partie de ces personnes qui savent vous mettre à l’aise immédiatement. Sans doute une de ses forces au quotidien. Petite-fille d’immigrés, sa vie est très tôt marquée par un bouleversement profond d’identité. « Quand j’avais six ans, mon père est rentré à la maison et m’a dit que je ne m’appelais plus Lê Thi Anh. Désormais, j’étais Betty Levanqué, » condition sine qua non à l’obtention de la nationalité française (bien que Betty et ses parents soient nés sur le Caillou, NDLR). Si la transition fut dure, presque violente, « cela m’a appris à me battre. On ne naît pas tous égaux, mais on peut le devenir à force de travail. » et ce , malgré les nombreux obstacles. Alors qu’elle entre à Khâgne pour commencer sa nouvelle vie étudiante, Betty doit revenir à Nouméa pour aider son père malade. Elle trouve un emploi dans la banque et compense son envie d’apprendre en se formant à ce métier pas vraiment choisi. Lorsque sa banque est rachetée, des départs sont négociés. Elle en profite pour tenter l’aventure de l’entreprenariat. « Tout le monde m’a demandé si j’étais folle. D’un bureau climatisé avec des responsabilités, j’allais devenir la nana qui servait des cafés. » Mais rien à faire, Betty est décidée. « J’ai travaillé dur, mais aujourd’hui, j’ai deux employées pour m’épauler. Je les considère comme faisant partie de ma famille. Mes clients aussi. » Il ne se passe pas cinq minutes sans que Betty lève la main pour saluer quelqu’un au Quartier latin.

Par la suite, elle lance son Café Immobilier spécialisé dans les biens à l’étranger, s’engage auprès du Tribunal du Commerce comme juge bénévole, monte de nombreuses associations pour aider et s’investir pour les autres. Mais comment fait-elle pour tenir la barre ? « Je dirai que je suis une femme occupée » conclut-elle en éclatant de rire. « Mais je vais vous faire une confidence, ma plus grande fierté dans la vie, ce n’est pas ma réussite à la tête d’une petite entreprise, pas du tout. Ce sont mes enfants. »

Le conseil de Betty pour les futures entrepreneuses :

1 – « N’ayez pas peur »

2 – « N’oubliez pas de vous former en gestion. La mauvaise gestion est ce qui vous emmène droit dans le mur. Et j’en ai vu passer, hélas, au tribunal du commerce… »

 

Côté salaire, les femmes gagnent 15 % de moins que les hommes.

 

Nathalie Voisin, Korail Création

La passion créatrice

Elle a plus de 10 000 fans sur sa page Facebook et ses tenues commencent à faire le tour du Pacifique. Nathalie Voisin est la petite fée couturière derrière Korail Création. Son amour pour les machines à coudre commence dès sa plus tendre enfance. « Ma grand-mère était une merveilleuse couturière. Dès qu’elle partait au travail, je lui piquais sa machine pour me coudre des vêtements en douce. »

Elle commence sa vie professionnelle en tant que salariée dans un magasin de mariée, mais très vite se rend compte qu’elle peut vivre de sa passion de toujours, et monte Laa Création en 2003. La boutique marche bien mais la jeune femme doit partir en France pour des raisons personnelles. Autodidacte, elle en profite pour se former dans l’Hexagone. En 2011, de retour à Nouméa et face à l’insistance de ses anciennes clientes, elle remonte l’atelier Korail Créations. Cette fois-ci, elle ajoute une touche de modernité à son travail. « L’idée était de coudre le destin commun sur un vêtement, de mélanger les cultures. »

Pari réussi pour cette mère de famille nombreuse (5 enfants à elle et 4 à son compagnon). Les commandes s’enchaînent, mais deux évènements vont véritablement consacrer son petit atelier. En réalisant une tenue pour le mariage de sa fille à la mairie, elle réalise que personne ne propose des robes de mariées alliant tradition et mode. Dès lors, son agenda se remplit vitesse grand V. En 2016, elle participe au concours de design de Miss Calédonie. Sa robe cagou enflamme les réseaux sociaux. Bien qu’elle ne remporte pas le premier prix, le comité Miss France veut que Lévina porte sa création le jour du concours national, auquel Nathalie assistera d’ailleurs. « J’étais contente d’y être, mais le showbizz, les paillettes, ce n’est pas vraiment pour moi », raconte humblement la couturière.

Les difficultés de l’entreprenariat selon Nathalie :

1 – La gestion. « Je ne peux pas créer et m’occuper des papiers, il faut donc savoir s’entourer. »

2 – Les employés « Vol, négligence, absentéisme… j’ai tout eu. Depuis, j’ai préféré tout faire moi-même. Et pour les grosses commandes, toute ma famille m’aide. On est nombreux et solidaires. »

 

« L’égalité et l’acception de la différence se fera par l’éducation. », Elisabeth Dono

Elisabeth Dono, co-gérante de Goudrocal

Le pouvoir de persuasion

Une femme qui gère une société dans le BTP, forcément, ça interpelle. Elisabeth Dono s’était pourtant juré de ne jamais se lancer dans l’entreprenariat. « Mes parents avaient une société ensemble et j’ai vu tous les problèmes que cela pouvait amener. Quand mon père a été malade, ils ont failli tout perdre. Hors de question que je vive ça » se souvient amèrement la fringante quinquagénaire.

Quand elle arrive sur le Caillou en 1998, elle se met donc au service des autres en tant que directrice commerciale et marketing. Après plusieurs années, elle souhaite faire évoluer sa carrière. « J’avais deux choix : trouver un poste de directrice générale, pour lequel les opportunités sont très rares, ou racheter une société. » Elle décide par sécurité de tenter les deux. Pendant quelques semaines, elle épluche les offres de rachat et ne trouve rien à son goût. « Je ne voulais surtout pas d’une société en concurrence avec les grandes familles calédoniennes. Tout d’abord, parce que je savais que je ne pourrai jamais avoir leur force de frappe financière et ensuite, parce que je serai toujours la petite zoreille blonde. » On finit par lui mettre sous le nez le rachat d’une entreprise spécialisée dans le goudron. « Ma première réaction a été : mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire avec ça ? J’avais déjà travaillé dans le BTP à 27 ans, et l’expérience avait été rude. C’était à l’époque un milieu très machiste. Mais à 40 ans, j’étais plus assurée, je n’avais pas peur de mettre les pieds dedans, j’avais juste besoin d’assimiler les compétences techniques qui me faisaient défaut. »

Elle s’associe avec un ancien collègue, Fabrice, et tous les deux deviennent co-gérant de Goudrocal. Lorsqu’on lui demande ce qui les différencie dans le management, elle répond amusée « J’arrondis les angles. Les femmes en général d’ailleurs. Les hommes sont plus sanguins, la testostérone explose et le conflit arrive vite. Quand je suis là, en réunion, au milieu d’eux, tout le monde tente de conserver son calme. Le pouvoir des femmes sans doute, » conclut-elle en riant.

Fait amusant : son associé tient exactement le même discours, presque mot pour mot. Pour Elisabeth, pas question de parler d’inégalité innée entre hommes et femmes. « Nous sommes juste différents. Et petit à petit, le monde s’en rend compte. Il faudra encore plusieurs générations, mais les stigmates des précédentes devraient s’effacer peu à peu. Soyons patientes. L’égalité et l’acception de la différence se feront par l’éducation. »

Monter une entreprise selon Elisabeth :

« Je reprendrais la devise de HEC : apprendre à oser ! »

No Comments Yet

Comments are closed